C’est une loi divine (Sunan Allah) envers Ses serviteurs que d’établir la dignité (al-‘Izza) dans le fait de se suffire de Lui (l’Indépendance par Lui), et la bassesse (al-Mahâna) dans le fait de dépendre d’un autre que Lui. Jamais un serviteur ne s’est humilié devant une créature – par désir pour ce monde – sans qu’Allah ne l’humilie, et jamais il n’a levé les mains vers le ciel sans qu’Allah n’élève son rang.
À une époque où les manifestations de la mendicité (la demande) sont devenues fréquentes sans nécessité, il est impératif que nous méditions sur la guidance de l’Islam à ce sujet. Cela afin de redonner à l’âme musulmane sa prestance, à la foi sa splendeur, et à la dignité sa place originelle.
Le cœur souffre lorsqu’il voit se répéter dans notre Oumma (communauté) une scène douloureuse : des hommes, des femmes et des enfants alignés aux portes des mosquées lors des vendredis, des fêtes et des prières en congrégation. Certains tendent la main, d’autres élèvent la voix pour solliciter les gens.
Ces scènes blessent la fierté de la foi, humilient la dignité de l’être humain et répandent dans la communauté un esprit de dépendance au lieu d’un esprit de travail et de générosité.
Ce phénomène — la mendicité sans nécessité — est condamnable par la Loi (religieuse) et rejetable par la morale. Elle est contraire à l’essence de l’Islam qui a éduqué ses adeptes sur la dignité (at-Ta’affuf) et le fait de sesuffire d’Allah en se passant des créatures.
Allah le Très-Haut dit :
« Quiconque veut la puissance (qu’il la cherche auprès d’Allah) car la puissance tout entière appartient à Allah… » (Coran 35/10).
La dignité du croyant réside donc dans sa retenue, sa noblesse dans son contentement (Qanâ’a), et sa richesse dans sa confiance en Allah (Tawakkul).
L’Islam est venu éduquer l’âme à la dignité et à la retenue, et a interdit de tendre la main aux gens, sauf en cas de stricte nécessité.
Le Prophète (
« Que l’un de vous prenne sa corde et aille chercher sur son dos une brassée de bois qu’il vendra pour qu’Allah préserve son honneur, cela vaut mieux pour lui que de demander aux gens, qu’ils lui donnent ou qu’ils lui refusent. » (Rapporté par Al-Boukhari).
Quelle éloquence dans cette orientation prophétique ! Elle trace à l’homme le chemin de la dignité et implante dans son cœur l’esprit de l’autonomie par Allah, non par les aumônes des créatures. Le fait de mendier sans besoin humilie l’âme, affaiblit la foi dans le Pourvoyeur Généreux, et fait du serviteur un esclave des regards des gens, après qu’il était libre par la fierté de la Confiance en Allah.
Tous ceux qui demandent ne sont pas des nécessiteux. Le Prophète (
« Le véritable nécessiteux n’est pas celui qui fait le tour de la ville en mendiant et qui se contente d’une ou deux bouchées, ou d’une ou deux dattes. Mais c’est celui qui n’a rien pour satisfaire ses besoins, qui cache si bien sa pauvreté que personne ne la remarque pour lui faire l’aumône et qui ne va pourtant mendier auprès des gens. »
Ceux-là sont ceux qui méritent l’aide : ceux que la pudeur a retenus de demander, et qu’Allah a honorés par la dignité de l’âme et la préservation de leur situation.
Le Prophète (
« La main supérieure est meilleure que la main inférieure. Commence par ceux dont tu as la charge. La meilleure des aumônes est celle faite après s’être suffisamment enrichi (sans se priver soi-même). Et celui qui fait preuve de retenue, Allah lui accordera la retenue, et celui qui cherche l’autosuffisance, Allah le rendra riche. » (Al-Boukhari).
Quelle éducation magnifique ! Il appelle à gagner sa vie honnêtement, à commencer par subvenir aux besoins de sa famille, et à s’abstenir de mendier, car celui qui cherche la retenue, Allah la lui accorde, et celui qui cherche l’autosuffisance, Allah l’enrichit.
La question ne s’arrête pas là, elle va jusqu’à une comparaison étonnante de celui qui mendie sans nécessité. Le Prophète (
« Celui qui demande l’argent des gens pour amasser plus, ne demande en fait que des braises ; qu’il en demande peu ou beaucoup. » (Rapporté par Mouslim).
Quelle scène plus éloquente que celle-ci ? Un mendiant tend la main en croyant amasser de l’argent, mais en réalité, il ne fait qu’amasser des braises et portera son fardeau le Jour de la Résurrection comme un feu sur son visage !
Dans un autre hadith :
« N’importunez pas les gens en mendiant, car par Allah, la chose que l’on me demande et que j’accorde contre mon gré sera dépourvue de bénédiction. » (Rapporté par Mouslim).
L’insistance dans la mendicité est une humiliation pour l’âme, une gêne pour autrui et une privation de la bénédiction. Ce qui est donné à contrecœur est dénué de bénédiction.
C’est pourquoi le Prophète (
« Ne prêtez-vous pas allégeance au Messager d’Allah ? » Nous venions de jurer allégeance et nous dîmes : « Nous t’avons déjà prêté allégeance, ô Messager d’Allah. » Puis il répéta : « Ne prêtez-vous pas allégeance au Messager d’Allah ? » Nous dîmes : « Nous t’avons déjà prêté allégeance, ô Messager d’Allah. » Puis il répéta : « Ne prêtez-vous pas allégeance au Messager d’Allah ? » Nous avons alors étendu nos mains et dit : « Nous t’avons déjà prêté allégeance, ô Messager d’Allah, sur quoi prêtons-nous allégeance ? » Il dit : « Sur le fait d’adorer Allah sans rien Lui associer, [d’accomplir] les cinq prières, d’obéir… (et il murmura une parole secrète) : … et de ne rien demander aux gens. » Awf dit : « J’ai vu certains de ces hommes si le fouet de l’un d’eux tombait, il ne demandait à personne de le lui tendre. »
Oui, cet enseignement était si fort que certains Compagnons, si leur fouet tombait de leurs mains alors qu’ils étaient sur leur monture, ne demandaient à personne de le leur donner, de peur de violer cet engagement.
Le Prophète (
« L’homme ne cesse de mendier auprès des gens jusqu’à ce qu’il arrive le Jour de la Résurrection sans qu’il y ait sur son visage un seul morceau de chair. » (Al-Boukhari).
C’est-à-dire qu’il sera ressuscité le Jour du Jugement, humilié, le visage dépourvu de la « chair de la dignité », à cause de ce qu’il a récolté en mendiant sans besoin.
Dans un hadith de Samura Ibn Jundub, qu’Allah soit satisfait de lui, le Prophète (
« La mendicité est une écorchure que l’homme inflige à son visage, sauf si l’homme demande à un gouvernant ou pour une affaire absolument nécessaire. » (Rapporté par At-Tirmidhi).
Le sens est que la mendicité laisse une trace, un défaut, sur le visage du mendiant, le déshonore et lui fait perdre sa dignité parmi les gens.
La mendicité n’est permise qu’en cas de nécessité absolue et impérieuse, comme quelqu’un qui a contracté une dette pour réconcilier des personnes, ou qui a été frappé par une catastrophe qui a emporté ses biens, ou qui est tombé dans une pauvreté que des gens de raison et de sagesse de son peuple attestent.
Le Prophète (
« La mendicité n’est permise qu’à trois personnes : un homme qui a contracté une dette pour réconciliation… un homme qui a été frappé par une catastrophe… et un homme qui a été frappé par la pauvreté au point que trois personnes de sagesse de son peuple l’attestent… Tout ce qui est au-delà de cela comme mendicité est illicite (Suht), et celui qui le mange le mange en étant illicite. » (Rapporté par Mouslim).
Quant à celui à qui l’on donne sans qu’il n’ait demandé ni convoité, il lui est permis de prendre ce qui lui est donné avec le consentement du donateur. Le Prophète, (
« Si une partie de cet argent te parvient alors que tu ne l’as ni convoité ni demandé, prends-la et gère-la. Si tu veux, mange-la, et si tu veux, fais-en l’aumône. Mais ce qui ne t’arrive pas ainsi, ne le désire pas. » (Rapporté par Al-Boukhari et Mouslim).
La mendicité sans besoin est la preuve d’une faiblesse dans la foi et la confiance en Allah. Le Prophète (
« Celui qui est frappé par la pauvreté et la soumet aux gens, sa pauvreté ne sera pas comblée. Et celui qui la soumet à Allah, il est probable qu’Allah lui accorde tôt ou tard une subsistance. » (Rapporté par At-Tirmidhi).
Le Prophète (
« Celui qui s’engage envers moi à ne rien demander aux gens, je lui garantis le Paradis. » (Rapporté par Abû Dâwûd).
Combien notre communauté a besoin aujourd’hui de faire revivre la vertu de la dignité (at-Ta’affuf) et de l’inculquer aux âmes dès l’enfance ! Nous devons enseigner à nos enfants que la richesse est la richesse de l’âme, que la dignité est dans l’autosuffisance par Allah, et que la mendicité sans nécessité est une humiliation dans ce monde et une honte dans l’Au-delà.
L’une des plus grandes choses qui purifie le cœur et élève l’ambition est que le serviteur habitue son âme au contentement et l’éduque sur la parole du Prophète (
« Sois satisfait de ce qu’Allah t’a imparti, tu seras le plus riche des gens. » (Rapporté par At-Tirmidhi).
La gloire est dans le contentement, la richesse est dans l’acceptation (du décret), et la dignité est dans le fait de ne pas mendier, sauf en cas de nécessité. Et celui qui cherche la retenue, Allah la lui accorde, et celui qui cherche l’autosuffisance, Allah l’enrichit.
Ô Allah, préserve-nous par Ton licite de Ton illicite, et enrichis-nous par Ta grâce en nous passant de tout autre que Toi.


