mercredi, février 4

Ceux qui contiennent leur colère et qui sont indulgents pour les hommes. Dieu aime les êtres vertueux(Cor. 3, 134)

Le prophète Muhammed (P.B.S.L) : « Dieu est Clément et Il aime la clémence en toute chose »(Boukari et Muslim)

« Il n’est rien qui ne soit embelli parle clémence, il n’est rien qui, privé de clémence, ne soit terni »(Muslim)

1Dans la Révélation Coranique, Dieu nous conte la première agression de l’Histoire humaine : le meurtre de l’Homme par l’Homme. Vous l’avez deviné c’est l’Histoire d’Abel et Caïn.

2Dans les passages Coraniques relatant cette histoire qui met en scène le premier meurtre, la victime et son meurtre ne sont pas nommés, pour tout simplement expliciter que le désir de tuer est lié au fait même d’être un Etre humain. Et que chacun de nous porte en lui deux pôles dissemblables qui rappellent Abel et Caïn.

3Ecoutons l’un des fils d’Adam (P) parlant à son frère : « Si tu tends la main sur moi pour me tuer, je ne tendrais pas le main sur toi pour te tuer, je crains Dieu maître des Univers car, ainsi tu auras rassemblé en toi et mon péché et le tien et tu le seras alors au nombre des compagnons de l’Enfer, cela étant la sanction des gens de la démesure ».

4On voit bien, dans ces versets, que les êtres humains recèlent en leur fond intérieur cette culpabilité qui peut devenir et se réaliser dans des actes de meurtre.

5L’enseignement des Religions, en tout temps, avait comme objectifs notamment celui de dompter cette tentation constitutive de l’être humain : « tu ne tueras point ».

6L’Islam est comme les autres Religions interdit le meurtre, le suicide. Le prophète Mohammed (P.S.L.), avait dit « l’être humain est un édifice de Dieu, maudit celui qui détruit cet édifice ».

A – Entre la violence et le style pacifique

a – La mobilité du style

7La violence n’est pas un fondement ; ce qui est fondamental dans l’Islam, quand il s’agit des débats d’idées, de convaincre l’autre, de faire admettre une politique ou une réalité, l’Islam dit par le biais de la parole divine : « Et dis à mes serviteurs d’exprimer la meilleure des meilleures paroles », (le voyage nocturne S.53 ; V.17).

8Ce verset incite le Musulman à exprimer le meilleur des meilleures paroles. C’est pour cela qu’il doit avoir une connaissance approfondie des mots qu’il utilise, leurs histoires, les connotations plus ou moins qu’ils peuvent receler afin de l’apaiser. Même en matière de Prédication l’Islam recommande la sagesse et la bonne exhortation. Pour s’en convaincre, il suffit de lire le Verset 125 de la sourate « les abeilles », « par la sagesse et la bonne exhortation appelle les gens au sentier de ton Seigneur ».

9Qu’est-ce que la Sagesse ?

10La Sagesse, c’est mettre les choses à leur place, la Sagesse est l’action de la pensée dans le monde de l’application.

11C’est pour cette raison que Dieu nous parle du Livre et de la Sagesse. Parce que Dieu veut que Son Livre soit actif dans la Réalité de ce monde en évolution. Cela suppose le savoir, la connaissance du monde réel pour que le discours puisse être en adéquation avec la réalité. « Par la sagesse et la bonne exhortation, appelle » : c’est-à-dire étudie la mentalité de l’autre, de ses conditions de vie. Les mots que tu utilises, leurs avantages, leurs inconvénients, les arrière-pensées et les influences du discours que tu peux formuler afin de dire la bonne exhortation, celle qui touche le cœur et qui lui permet de s’ouvrir, et celle qui pénètre la pensée et qui la rend active.

b – Le dialogue pacifique

12Si le Musulman s’engage dans le débat d’idées, il doit laisser la place à l’autre, aux idées d’autrui de s’exprimer, en choisissant le chemin du dialogue et du débat, notons que le débat est plus violent que le dialogue puisqu’il y a obligation de nier ou de confirmer une idée.

13Quand il y a confrontation d’idées, l’Islam recommande de choisir le meilleur style, la bonne pensée, le sourire et la bonne attitude. (Sagesse) comme il est dit dans la sourate « les Abeilles » v.125 « et discute avec eux de la meilleure façon ».

14Pour bien éclaircir cette façon d’être et de se comporter, écoutons Dieu dans la sourate « les détaillés » v. 34 : « La bonne action et la mauvaise ne sont pas pareilles, repousse le mal par ce qui est meilleur ; et voila que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux ».

15La bonne action est le style pacifique qui attire l’autre et qui ne le nie pas.

16La mauvaise action est le style de la violence et de la dureté.

17Dieu, dans ce verset, nous montre les conséquences du style pacifique. Et voila que celui avec qui tu avais une animosité devient tel un ami chaleureux.

18Choisir la voie qui transforme un ennemi en ami, les ennemis de ta cause en amis de celle-ci, l’ennemi de ta pensée en ami de celle-ci et cela dans tous les domaines de la vie, privée ou publique.

19Quand le Coran parle des Gens du Livre (Juifs et Chrétiens et d’autres) et quand il s’agit de débattre avec eux, dans la sourate « l’Araignée » v. 46 : « Et ne discutent que de la meilleure façon avec les gens du livre, sauf ceux d’entre eux qui sont injustes. Et dites : « Nous croyons en ce qu’on a fait descendre vers nous et descendre vers vous, tandis que notre Dieu et Votre Dieu est le même et c’est à Lui que nous nous soumettons ».

20Le Musulman doit chercher les points de rencontre avec l’autre pour en faire une base sur laquelle on s’appuie pour résoudre les conflits à partir de ces points de rencontre et non pas à partir des points de discordance. C’est cela le style musulman.

B – L’hostilité de l’autre

a – Etre agressé

21En cas d’hostilité par la violence, écoutons le Miséricordieux : « Combattez dans le sentier de Dieu ceux qui vous combattent, et ne transgressez pas. Certes Dieu n’aime pas les transgresseurs » (Sourate la Vache, v.190).

22« Combattez pour défendre les déshérités, combattez ceux qui sont injustes envers vous, combattez ceux qui vous ont sortis de vos demeures ».

23Est-ce une violence contre la Vie ou une violence pour défendre la Vie ?

24Fondamentalement réaliste, la Révélation Coranique admet la violence et légitimise la guerre. Toutefois la lutte n’est autorisée que pour réprimer l’injustice, de ce fait, la violence devient une fonction légitime de la justice, sa raison d’être est la Paix.

25La guerre a comme objectifs primordiaux, notamment celui d’établir l’équilibre et l’harmonie, sur le plan extérieur et social ou sur le plan intérieur et spirituel.

b – Les causes licites de la guerre

26L’Islam légitimise la guerre dans plusieurs cas :

  • la défense de la communauté
  • la protection de l’opprimé
  • la sauvegarde de la foi
  • protéger sa propre personne
  • redresser des torts

En tout cas, l’agression et la violence sont interdites.

27Et même en temps de guerre, écoutons Abou Bakr (R) le 1er calife, parlant à ses soldats avant le début du combat : « Souvenez-vous que vous êtes toujours sous le regard de Dieu, et à la veille de votre mort ; et que vous rendez compte au Dernier Jour (Jugement dernier), – ici Abou Bakr fait référence à un degré supérieur de la foi qui est d’adorer Dieu comme si on le voyait, si nous, nous ne le voyons pas, Lui Il nous voit. Il fait aussi référence à un principe fondamental de l’Islam qui est : les actes ne valent que par les intentions, et que nous serons jugés sur ce que nous faisons.

Abou Bakr (R) continue : « Lorsque vous combattez, conduisez-vous comme des Hommes, sans tourner la dos ; mais que le sang des Femmes ou celui des enfants et des vieillard ne souille pas votre Victoire (la guerre dans l’Islam n’oppose que les gouvernants et il est interdit de toucher à ceux qui ne sont pas concernés par la guerre) ne détruisez pas les palmiers, ne brûlez pas les habitations, ni les champs de blé, ne coupez jamais les arbres fruitiers et ne tuez le bétail que lorsque vous serez contraints de le manger. Quand vous accordez un traité ou une capitulation, ayez soin d’en remplir les closes. Au fur et à mesure de votre avancée, vous rencontrerez des Hommes de Religion qui vivent dans les monastères et qui servent Dieu dans la prière ; laissez-les seuls, et ne les tuez point et ne détruisez pas leur monastère ».

29Les ordres donnés par Abou Bakr ne sont pas de pieuses recommandations mais des obligations légales, strictes. Le Musulman, devant Dieu, doit respecter les règles de l’honneur et de l’humanité, la perfidie et la traîtrise sont interdites, en tout cas la guerre est exceptionnelle et n’oppose pas les peuples entre eux mais les gouvernants, toutefois en temps de guerre comme en temps de paix, l’Islam enjoint aux Musulmans la magnanimité, la patience et la compassion. Le musulman, dans ses attitudes de tous les jours, doit mettre en avant la miséricorde et la paix dans ses rapports avec les autres, sans tenir compte ni de la race, ni de la religion, puisqu’il retournera à Dieu pour en rendre compte après sa mort.

C – La mort

30« Et craignez le jour où vous serez ramenés vers Dieu. Alors chaque âme sera pleinement rétribuée de ce qu’elle aura acquis. Et ils ne seront point lésés » (Coran 2, verset 281).

31Le terme de chaque être est limité, tous les êtres humains sont voués à mourir un jour ou l’autre.

32« Tout ce qui est sur terre est voué au néant. Seul subsistera le visage de ton Seigneur plein de majesté et de noblesse » (Coran 55, versets 26-27).

33Il est une vérité qui dit que l’être humain est né sans l’avoir voulu et qu’il n’a aucun pouvoir sur sa destinée ou celle des autres. Cela ne dépend que de la volonté de Dieu, l’unique.

34« Où que vous soyez la mort vous atteindra, fussiez-vous dans des tours fortifiées » (Coran 4, verset 78).

35Il n’y a pas d’obstacle qui entrave l’ange de la mort chargé de prendre l’âme du décédé. De même, l’être humain n’a aucune idée et n’exerce aucune influence sur la date, le lieu et les circonstances de sa mort. Ces détails ont été fixés avant sa naissance et dépendent du terme de l’existence de chacun.

a – Définir la mort

36Pendant très longtemps la mort avait comme définition, l’arrêt des battements du cœur et des différentes fonctions corporelles, mais les progrès scientifiques et les succès réalisés dans le domaine des transplantations ont rendu cette définition obsolète, et il a fallu donner une autre définition, alors on a avancé celle de la mort des cellules du cerveau et leur assèchement qui bloque alors la circulation du sang et de l’oxygène. Malheureusement cette définition a perdu tout fondement scientifique quand le progrès médical a réussi à maintenir le cerveau en activité pour une durée indéterminée. Ces définitions s’appuient sur des observations physiques, laissent de côté l’aspect spirituel ou métaphysique et ne répondent pas au besoin des croyants pour qui la mort est le processus au cours duquel l’âme quitte le corps. Pour le musulman la mort est un passage d’un monde éphémère vers un monde éternel. La mort est une partie intégrante de la vie, celle-ci est considérée comme un champ où il ne sèmera que le bien. Pour y parvenir, il doit vivre dans un équilibre constant entre la crainte pieuse de Dieu qui l’empêche de faire le mal et l’espoir en Lui qui lui révèle le bien et le pardon.

37Cependant, au moment de sa mort, il doit avoir une pensée en Dieu et faire dominer l’espoir, car son Seigneur pardonne et Sa Miséricorde passe avant sa colère. Par ailleurs, le mourant doit être entouré de gens pieux qui lui inspirent le bien et la vertu. A ce moment-là ; on lui fait répéter, avec douceur, le témoignage de foi « Là Ilâha illa Allah » qui signifie qu’il n’y a qu’un seul Dieu, et on invoque Dieu pour lui, la lecture du Coran, est recommandée (moustahab), ainsi que le fait de mettre le mourant dans la direction de la Mecque dite : La « Qibla ».

38Une fois la personne morte, on lui ferme les yeux et quatre devoirs restent à accomplir dans son accompagnement.

  • Qu’elle soit lavée
  • Mise dans le linceul
  • Qu’on célèbre la prière mortuaire sur elle
  • Qu’on l’enterre

Tout ce rituel est codifié par la jurisprudence suivant les recommandations du prophète Muhammad (PBSL). L’accomplissement de ces quatre devoirs envers le mort est exclusivement confessionnel. Ils ne doivent être pratiqués que par des musulmans.

39Les personnes mortes seront ressuscitées le jour du jugement dernier comme elles sont enterrées.

b – Meurtre

40« L’homme fort n’est pas celui qui est prompt à se battre ; mais celui qui se maîtrise dans les moments de colère » Le prophète Muhammad (Hadith).

41Le meurtre a été le premier péché (Abel et Caïn), la première désobéissance commise sur terre. Dès lors, l’Islam a considéré que l’agression par le meurtre d’une seule personne équivalait à une agression contre toute l’humanité (Sourate 5, la Table servie, verset 32). Au jour du jugement dernier, la première chose qui va être jugée entre les gens est l’agression par le meurtre. Omar Ibn Abdelaziz (khalife) parlant du meurtre a dit : « je jure par Dieu que la disparition de ce bas monde est plus supportable pour moi que l’agression par le meurtre ».

c – Kamikaze ou Martyr ?

42On peut constater en ce début de siècle que les mots sont quelquefois équivalents, même quand ils n’ont pas le même sens. Il en est de même pour les mots Kamikaze et Martyr. Si le premier veut dire mourir pour l’empereur, le deuxième a une autre explication qu’on retrouve dans presque toutes les religions monothéistes, qui veut dire mourir pour défendre sa foi ou une cause juste conforme à l’entendement humain. Diaboliser l’Islam serait injuste. L’islam fait partie intégrante de la révélation monothéiste, le statut de la vie, de la mort et du suicide, à quelques variantes près, est le même.

43On peut voir aussi qu’il y a confusion entre les combattants palestiniens et les Kamikazes d’Al Qaïda. Alors que les premiers sont des nationalistes qui au bout de soixante années de lutte n’ont récupéré ni le territoire ni la moitié de leur peuple exilé à travers le monde. Ce qui traduit la frustration des adultes et la tendance des jeunes vers le combat suicidaire. Les deuxièmes sont plutôt internationalistes, nantis, voire occidentalisés et dans leur majorité sont très loin de la religion, notamment les kamikazes du 11 septembre. Ils ont choisi ce type de combat en s’appuyant sur des Fatwas assez tirées par les cheveux, alors qu’aucun pays musulman n’a appelé au petit jihad.

44Ces actes de terrorismes vont à l’encontre de l’enseignement muhammadien qui avait interdit, même en temps de guerre, de tuer les innocents comme nous l’avons déjà signalé.

45Ce phénomène social existe depuis le début des années quatre-vingt-dix. Pour ma part les événements dans cette même période au Liban avec les attentats suicides contre les Américains, les Français et les Israéliens, qui ont fait presque quatre cents morts et qui ont incité les Français, les Américains et les Israéliens à quitter le Liban.

46Ce « succès » a incité les palestiniens et surtout les jeunes à voir dans ce type d’action la solution à leurs problèmes.

Conclusion

47Au moment où certains va-t-en guerre parlent des chocs des civilisations, je préfère parler des chocs des ignorances, le triomphe de l’extrémisme et du fanatisme dans tous les camps. Seul le dialogue peut nous éviter les guerres prochaines. La survie de l’humanité en dépend. Nous devons nous engager dans un dialogue sincère, respectueux des autres, pour construire et laisser en héritage à nos enfants un monde plus humain.

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