L’ostentation consiste à solliciter l’agrément des êtres humains, et non pas celui d’Allah (exalte soit-Il) par l’accomplissement des œuvres pies. Une autre forme d’ostentation consiste à accomplir ces mêmes œuvres par amour pour le prestige, la célébrité ou la place de vedette dans les cœurs des créatures. Une troisième forme consiste à s’abstenir de faire une œuvre pie quelconque par crainte de tomber dans l’ostentation.
L’imam Al-Foudheïl Ibn Iyadh a dit : « S’abstenir d’accomplir une œuvre de peur de plaire aux gens relève du domaine de l’ostentation et l’accomplir pour plaire aux gens relève du polythéisme. La sincérité est qu’Allah vous préserve des deux. » Rapporté par Al Bayhaqi.
L’ostentation est l’un des péchés du cœur les plus nocifs pour l’âme et pour l’œuvre. Elle fait partie des péchés capitaux fatals, d’où la grave menace faite à son sujet – comme nous allons le voir – dans le Coran et les hadiths authentiques. D’ailleurs le Coran en fait un trait caractéristique des infidèles qui ne croient ni en Allah, ni au Jour Dernier, ou encore une caractéristique des hypocrites qui prétendent avoir cru en Allah et au Jour Dernier alors qu’en fait ils ne le sont pas ; chez ceux-ci, la foi n’est que paroles, elle n’est pas installée dans les cœurs.
Allah exalté soit-Il, dit à son sujet (sens des versets) :
« Il ne leur a été commandé, cependant, que d’adorer Allah, Lui vouant un culte exclusif, …» (Coran : 98/5)
« Ô les croyants ! N’annulez pas vos aumônes par un rappel ou un tort, comme celui qui dépense son bien par ostentation devant les gens sans croire en Allah et au Jour dernier. Il ressemble à un rocher recouvert de terre; qu’une averse l’atteigne, elle le laisse dénué. De pareils hommes ne tireront aucun profit de leurs actes. Et Allah ne guide pas les gens mécréants. » (Coran : 2/264)
« Et ceux qui dépensent leurs biens avec ostentation devant les gens, et ne croient ni en Allah ni au Jour dernier. Quiconque a le Diable pour camarade inséparable, quel mauvais camarade ! » (Coran : 4/38)
« Et ne soyez pas comme ceux qui sortirent de leurs demeures pour repousser la vérité et avec ostentation publique, obstruant le chemin d’ Allah... » (Coran : 8/47)
« Les hypocrites cherchent à tromper Allah, mais Allah retourne leur tromperie (contre eux-mêmes). Et lorsqu’ils se lèvent pour la Prière, ils se lèvent avec paresse et par ostentation envers les gens. À peine invoquent-ils Allah. » (Coran : 4/142)
« Malheur donc, à ceux qui prient tout en négligeant (et retardant) leur Prière, qui sont pleins d’ostentation, et refusent l’ustensile (à celui qui en a besoin). » (Coran : 107/4 à 7)
Vu le grand nombre de hadiths se rapportant à notre sujet, nous allons nous contenter d’en citer ceux qui ont été choisi par Al-Hafedh ibn Al-Moundhir dans son fameux livre intitulé « At-Targhib wa At-Tarhib. »
Selon Abou Houreïra (
Un homme qui avait appris la science, l’avait enseigné et qui avait appris le Coran, est ensuite ramené. Les faveurs dont Allah l’avait comblé lui sont présentées, il les reconnaît, et Allah lui dit :
« Et qu’est-ce que tu en as fait ? » « J’ai appris (la science), je l’ai enseigné et j’ai récité le Coran pour Toi. »Il lui dit : « Tu mens ! Tu as plutôt étudié pour qu’on dise : « C’est un savant » et tu as récité le Coran pour qu’on dise : « C’est un grand lecteur. » Et ce fut le cas. » Sur l’ordre d’Allah l’homme sera traîné sur le visage vers le Feu où il sera jeté. Un autre homme, qu’Allah avait comblé de Ses largesses et lui avait accordé toutes sortes de richesses, est alors ramené (devant Allah). Les faveurs (d’Allah) lui sont présentées, il les reconnaît ; et Allah lui dit : « Qu’est-ce que tu as fait de ces faveurs ? » Il dit : « Je n’ai laissé aucun sentier que Tu aimes qu’on y dépense, sans y dépenser. » Allah lui dit : « Tu mens. Tu as plutôt dépensé afin que soit dit : ’Qu’il est généreux ! ’, Et ce fut le cas. » Sur l’ordre d’Allah l’homme sera traîné sur le visage vers le Feu où il sera jeté. » (Rapporté par Mouslim, Nassaï et Tirmidhi)
Lorsque Mouâwiya (
Certains pourraient s’interroger : « Et comment sont justifiés un tel supplice et une telle menace à l’intention d’un homme ayant accompli le bien ? » La réponse est simple : L’islam accorde plus d’importance au mobile de l’œuvre qu’à l’œuvre-même.
D’instinct, on sait que tromper son prochain est un acte immoral et un crime des plus horribles. Qu’en serait-il de la tromperie de l’homme envers son Créateur ? Le crime est pire et plus repoussant. Telle est l’œuvre du faux dévot. Celui-ci agit pour plaire aux gens, tout en faisant mine mensongère de rechercher l’agrément d’Allah, exalté soit-Il. Il n’est pas étonnant qu’Allah, exalté soit-Il étale son indignité le Jour où les cœurs dévoileront leurs secrets et qu’ilsoit traîné sur le visage vers le Feu !
L’imam Qatada a dit : « Lorsqu’un serviteur fait acte d’ostentation, Allah dit à Ses Anges : « Voyez comme il se moque de Moi ! »
D’après Dahak Ibn Qays (Radhia Allahou Anhou), le Messager d’Allah () a dit : « Allah (exalté soit-Il) dit : « Je suis le meilleur associé et quiconque M’associe à un autre, son œuvre est vouée à Mon associé. » Ô ! Hommes œuvrez en toute sincérité car Allah (exalté soit-Il) n’accepte que les œuvres qui Lui sont vouées exclusivement. Et ne dites pas : « Cette œuvre est pour Allah et les proches parents », car ainsi, elle sera aux proches parents, et rien d’elle ne sera (vouée) à Allah. Ne dites pas non plus : « Celle-là est (vouée) à Allah et à vous », car elle nesera vouée qu’à eux et rien d’elle ne sera à Allah. » (Rapporté par Al-Bazzar et Al-Bayhaqi)
Selon Obey Ibn Kaâb (Radhia Allahou Anhou), le Messager d’Allah (
Selon une autre variante de ce hadith rapportée par Al-Bayhaqi : le Prophète (
D’après Djoundoub Ibn Abdallah (Radhia Allahou Anhou), le Prophète (
D’après Mou’adh Ibn Djabal (Radhia Allahou Anhou), le Messager de d’Allah (
D’après Mahmoud Ibn Labid (Radhia Allahou Anhou), le Prophète (
Yazid Ibn Aslam rapporte d’après son père que Omar (Radhia Allahou Anhou) se rendit un jour à la mosquée où il trouva Mou’adh entrain de pleurer auprès de la tombe du Prophète (
D’après Mahmoud Ibn Labid (Radhia Allahou Anhou), le Messager de d’Allah (
Selon Abou Houreïra (
Selon Anas Ibn Malik (
Abou Ali -un homme des Banou Kahil – rapporte que Abou Moussa Al Ach’âri (Radhia Allahou Anhou) fit un prêche dan lequel il adit : « Ô gens ! Gardez-vous de cette association: elle est plus imperceptible que le piétinement des fourmis ! » Abdallah Ibn Hazn et Qays Ibn Al-Moudharib se levèrent contre lui en menaçant : « Par Allah, tu dois désavouer ce que tu viens de dire sinon nous nous rendrons chez Omar, que permission nous soit accordée ou non. » « Je donnerai plutôt crédit à ce que je viens de dire. Le Messager d’Allah (
En sus de l’ostentation, les hadiths ont mis en garde contre un autre fléau, à savoir : l’amour du prestige, de la célébrité et le souci d’avoir une haute place aux yeux des créatures.
À cet effet, on rapporte dans certaines traditions : « L’amour de la fortune et du prestige font germer l’hypocrisie dans le cœur comme l’eau fait germer le grain. »
L’attachement au prestige et au grade élevé pourrait être, chez les uns, beaucoup plus important que l’attachement à la fortune : l’argent est parfois dépensé généreusement de bon cœur, en vue de bénéficier d’un prestige ou d’une célébrité. A ce sujet, l’imam Al-Ghazali a cité dans ses écrits trois raisons pour lesquelles le prestige serait plus important que la fortune.
Dans un hadith Marfou’, Kaâb Ibn Malik (Radhia Allahou Anhou) rapporte : « Deux loups affamés lâchés sur des ovins ne seraient pas plus dévastateurs que ne le serait l’obsession des biens et du prestige pour la religion d’un homme. » (Ibn Hibbane, Ahmed, Tirmidhi et Ad-Darami)
Les versets coraniques et hadiths prophétique susmentionnés concernant la mise en garde contre l’ostentation et l’attachement aux biens, au prestige et à la célébrité révèlent au grand jour la nocivité des péchés du cœur et leurs effets dévastateurs sur les œuvres apparemment pieuses. D’où, la primauté des œuvres du cœur sur les œuvres des autres sens. La sincérité est, bien entendu, à l’avant-garde des œuvres du cœur puisqu’elle en conditionne l’acceptation divine.


